Environnement
20 août 2025
"Ch'tites bêtes", un podcast pour les amoureux de nature
Vous pensez les connaître et pourtant, les animaux sauvages ont leurs petits secrets. Nous vous emmenons dans les espaces naturels du Nord pour les découvrir avec Thierry Tancrez, animateur nature et ornithologue passionné et passionnant !
Retrouvez ici tous les épisodes disponibles des Ch'tites bêtes. Ils sont également disponibles sur vos plateformes de streaming favorites (Apple podcasts, Spotify, Deezer, Amazon music, Podcast Addict...).
La chauve-souris, petite noctambule aux super-pouvoirs
Publié le 28 octobre 2025
Rendez-vous au marais de Bonnance à la rencontre de la chauve-souris. Thierry Tancrez, animateur nature, nous dévoile les secrets de ce mammifère volant.
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Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, qui vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, Thierry m’a donné rendez-vous au marais de Bonance, à Fretin, aux portes de Lille. Le ciel est gris, la brume est tombée, et le froid aussi. Cet espace naturel humide est un petit havre de paix. Le silence règne. La nature entre en dormance dans le marais. Un petit mammifère se cache non loin de nous, la tête en bas, pour commencer son hibernation : la chauve-souris.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : C’est le premier mammifère nocturne dont nous parlons dans ce podcast, après la salamandre tachetée, qui est un amphibien nocturne. C’est un animal qui fascine autant qu’il répugne, à cause de vieilles légendes. Thierry, peux-tu nous en dire un petit peu plus sur les légendes qui planent autour de la chauve-souris ?
Thierry : Vraiment content aujourd’hui de parler des chauves-souris, qu’on appelle aussi les chiroptères. “Chiroptère”, donc : “qui volent avec les mains”. On va parler du premier, et du seul, mammifère volant au monde. Effectivement, on a tous eu des craintes sur cet animal bizarre.
Tu imagines : on est en 1530 ici, au marais. On est en train de se balader tous les deux au bord du marais. Déjà, on entend des bruits bizarres : ce n’est pas normal. Et en plus, on voit voler une bestiole toute noire, pas très jolie d’apparence, qui nous frôle. Avec un peu de chance, on verra ses dents pointues. On se dit : « Mon Dieu, qu’est-ce que c’est que ça ? » La bête du diable. Elle venait s’accrocher dans les cheveux des femmes. Elle venait sucer le sang des hommes…
Perrine : Mon Dieu !
Thierry : Mais en fait… je t’explique. Tu es avec ta maman le soir, tu es une jeune fille, et tu as envie de sortir rejoindre ton galant. Une jeune fille du Moyen Âge.
Perrine : Oui, une jeune fille du Moyen Âge, bien sûr.
Thierry : Ta maman te dit : « Perrine, ce soir, ne sors pas à la nuit tombée : les chauves-souris vont s’accrocher dans tes cheveux. »
Perrine : Ah !
Thierry : Et la jeune fille, ayant peur, reste à la maison. C’est une croyance qui est restée, tout simplement.
Autre idée très forte : tout le monde “sait” que les chauves-souris sucent le sang. Olivier, ce seraient des Dracula en puissance… Non. Puisque toutes nos chauves-souris en Europe sont insectivores strictes. Leurs dents pointues servent simplement à percer les carapaces des insectes. Il n’y a qu’une chauve-souris, appelée le vampire, qui vit en Argentine et qui fait de petites incisions sur les vaches pour lécher le sang. Il n’y a qu’elle qui fait ça.
Perrine : D’accord. Soyons rassurés : dans le Nord, il ne nous arrivera absolument rien.
Thierry : Tout à fait. Rien du tout.
Perrine : Alors, c’est un animal volant, mais c’est un mammifère. Ça, c’est une sacrée originalité.
Thierry : Complètement. On dit “les ailes de chauve-souris”… Non, ce sont les mains de chauve-souris. Elles volent avec leurs mains. Il faut savoir qu’elles ont une main comme toi, exactement comme toi, avec cinq doigts. Et entre ses doigts, elle a ce qu’on appelle une peau très fine, le patagium, qui est quand même assez costaud. Malheureusement, quand il est déchiré, c’est très compliqué à réparer. C’est souvent mortel. Donc elles y font très attention.
Perrine : D’accord. À quoi ressemble la chauve-souris ? Est-ce qu’on a différentes espèces dans le Nord, différentes couleurs, différentes formes ?
Thierry : Tout à fait. On a différentes formes. Pour te donner une idée de taille, prends ton pouce : ton pouce, c’est le corps de la chauve-souris, et ton ongle, c’est la tête de la pipistrelle. Donc tu vois, c’est tout petit. Ça, c’est la plus petite. Mais on a aussi la plus grande, notamment la noctule, qui peut avoir une envergure bien plus importante. On a environ une trentaine d’espèces qu’on peut retrouver dans le Nord.
Perrine : Et elles sont plus souvent marron que noires, finalement.
Thierry : Oui. Elles ont plutôt un pelage foncé pour bien se cacher, avec des poils qui les recouvrent complètement, qui les protègent aussi du froid, mais également de la chaleur.
Perrine : C’est quoi, son rituel ? Comment elle vit, déjà en plein hiver, et ensuite le reste de l’année ?
Thierry : Elles ont commencé leur hibernation. L’hibernation, c’est vraiment : elles s’endorment complètement. Le métabolisme de la chauve-souris descend fortement. Le rythme cardiaque s’affaiblit aussi : il devient presque inexistant.
Elle vit sur ses réserves de novembre à quasiment fin mars dans le Nord. Elle va dans nos caves, notamment les caves en brique. Elle recherche une température constante, sans gel ni chaleur excessive, avec une hygrométrie — une humidité — stable.
Elle fréquente aussi les blockhaus. Sur nos espaces naturels du Nord, on aménage, avec mes collègues gardes, des gîtes à chauves-souris, car les blockhaus ont des murs très épais et une isolation parfaite.
Et surtout, il ne faut pas la déranger. Quand elle s’endort, c’est comme la Belle au bois dormant : il ne faut rien faire. Si on la réveille, on relance son métabolisme, elle repompe sur ses réserves, et souvent, elle n’en a pas assez pour terminer son hibernation.
Perrine : Alors Thierry, après son long sommeil hivernal, comment se passe le réveil de la chauve-souris ?
Thierry : Elle doit chasser et manger. C’est un énorme prédateur d’insectes, notamment d’insectes que tu aimes beaucoup, Perrine…
Perrine : Ah… les moustiques !
Thierry : Elle peut en consommer jusqu’à 2 000 à 3 000 par nuit.
Perrine : Par nuit ?
Thierry : Oui. Mais au printemps, la maman pipistrelle est déjà fécondée. Elle porte déjà un embryon, qu’elle va développer avec la chaleur. Puis elle va mettre bas — c’est un mammifère, elle ne pond pas. Elle met bas une petite pipistrelle, parfois des jumeaux. Le petit naît vers fin mai et, en un mois environ, il est capable de voler avec sa mère.
Perrine : Tu imagines la rapidité ! Sacré apprentissage. Tu sais pourquoi ?
Thierry : Parce que le lait de la maman est extrêmement riche. C’est l’un des laits les plus riches au monde, avec celui des baleines. Très rapidement, le petit profite du lait maternel pour grandir. Puis l’automne arrive déjà.
L’automne, c’est la rencontre entre Monsieur Pipistrelle et Madame Pipistrelle : c’est le moment de la reproduction. Ensuite, chacun repart de son côté pour trouver un gîte pour hiberner. Et le cycle recommence.
Perrine : D’accord. Et alors, les chauves-souris s’accommodent assez bien des villes et des jardins. On peut en trouver facilement dans les jardins, dans les quartiers. Tu n’as jamais vu, dans ton jardin, à la nuit tombée, une pipistrelle voler ?
Thierry : Mais si, tout à fait. Quand tu vois ça, tu peux te dire que c’est une chauve-souris qui sort soit de ta maison, soit de la maison de ton voisin.
Perrine : D’accord. En parlant de son habitat, c’est une très bonne transition pour parler d’une de ses grandes particularités : elle dort la tête en bas. Par quel procédé arrive-t-elle à faire ça ?
Thierry : Je vais t’expliquer. Les pieds, lorsqu’ils touchent le support, se ferment mécaniquement. C’est comme un interrupteur qu’on ouvre ou qu’on ferme.
Perrine : Ah, c’est rigolo.
Thierry : Oui, c’est mécanique. Clac, clac. Une fois que c’est fermé, ça reste fermé.
Si moi je me mets la tête en bas, je vais vite devenir rouge, ce qui n’est pas le cas de la pipistrelle, car elle a un cœur qui lui permet une très bonne circulation sanguine.
Perrine : D’accord.
Thierry : Et tu sais comment elle se dirige dans la nuit ?
Perrine : Non, pas du tout. Raconte-moi : comment elle fait ?
Thierry : C’est incroyable. Elle a inventé le radar, grâce à ce qu’on appelle l’écholocation. Elle ouvre la bouche et émet des ultrasons. Ces sons vont percuter un objet — un arbre, une façade, un moustique — puis lui reviennent comme un écho.
Cela lui fournit toutes les informations nécessaires. Elle émet des milliers d’ultrasons par seconde. Elle est donc capable de capturer des moustiques en pleine nuit noire, avec une précision incroyable : dix moustiques en cinq secondes.
Elle ouvre la bouche, mais toi, tu n’entends rien. Imagine si on entendait tous les cris des chauves-souris : ce serait un peu inquiétant, on dormirait sans doute mal la nuit.
Perrine : Pour ceux qui nous écoutent et qui souhaiteraient aider les chauves-souris, leur donner un petit coup de main, qu’est-ce qu’il est possible de faire, chez nous, les Nordistes ?
Thierry : Tout simplement : un petit jardin, de belles haies champêtres, un arbre fruitier, un petit plan d’eau, une prairie non fauchée, un simple potager… c’est suffisant. La chauve-souris trouvera un habitat favorable pour chasser.
Perrine : Merci Thierry. Encore une fois, tu nous as fait découvrir la magie de la nature. Et surtout, il ne faut pas avoir peur des chauves-souris : elles sont très utiles.
Thierry : Moi, je regarde toujours ça avec émerveillement. À très bientôt, Perrine.
Perrine : À bientôt. Chers auditeurs, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer et d’écouter la nature qui parle. Peut-être rencontrerez-vous des animaux sauvages au détour d’un chemin. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne les regarderez plus de la même manière.
(Musique)
Le lapin de garenne, tondeuse des dunes
Publié le 18 septembre 2025
Rendez-vous sur la dune fossile de Ghyvelde à la rencontre du lapin de garenne. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de ce petit animal si mignon.
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Vous pensez les connaître, et pourtant ces animaux sauvages ont leurs petits secrets, que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature et ornithologue passionné et passionnant.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, qui vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Pour cet épisode d’été, nous vous emmenons à quelques kilomètres de la mer, sur la dune fossile de Ghyvelde, vieille de 5 000 ans. La mer s’est retirée il y a déjà des milliers d’années et aujourd’hui, c’est le lapin qui a élu domicile ici. La dune l’accueille et abrite ses terriers, pendant que lui l’entretient et la protège.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine. Tu vas bien ?
Perrine : Super. Aujourd’hui, tu nous parles du lapin de garenne. Quelle est la différence entre le lapin et le lièvre ?
Thierry : Ça n’a rien à voir du tout. Déjà, le lapin et le lièvre ne font pas partie de la famille des rongeurs, mais de celle des léporidés qui elle-même fait partie de la famille des lagomorphes.
Entre le lièvre et le lapin, première différence : les oreilles. Le lapin a des oreilles relativement petites — elles sont grandes, mais comparées à celles du lièvre… Les oreilles du lièvre sont immenses et se terminent par une pointe noire.
Le lièvre a aussi des pattes avant très longues, il est très haut sur pattes, très effilé, avec une tête allongée. Le lapin de garenne, lui, est tout petit. Vraiment petit. Même par rapport aux lapins de ferme, c’est le “minus”.
Et pour terminer sur la différence entre rongeurs et lapins : le lapin possède, sur la mâchoire supérieure, quatre incisives, et non deux comme les rongeurs. Il a deux paires d’incisives, l’une derrière l’autre, ce qui est caractéristique des lagomorphes.
Perrine : Les auditeurs vont être surpris d’apprendre qu’on trouve des lapins dans les dunes. Pourquoi ?
Thierry : C’est un milieu parfait pour lui, parce qu’il adore faire des terriers. Contrairement au lièvre, qui met ses petits au sol, le lapin n’a rien à voir avec ça. Lui, c’est le roi du tunnel, un vrai tunnelier.
Il creuse dans des sols meubles et secs. Il a peur de se noyer. Il va créer ses fameuses garennes, des endroits constitués de plusieurs terriers. En gros, ce sont des familles de lapins.
Quand on parle de lapin de garenne, on parle surtout d’un mode de vie. Ils sont très grégaires, aiment vivre ensemble, en communauté. Sauf à un moment particulier — on y reviendra — lorsque Madame Lapine met bas : là, elle devient très discrète.
Perrine : Ce petit lapin, comment fait-il pour éviter de se faire manger par tous ses prédateurs ?
Thierry : Il y en a beaucoup. Le lapin est très important dans la chaîne alimentaire. Le renard, les mustélidés comme la fouine ou le putois, et d’autres animaux ont besoin du lapin pour vivre.
Mais le lapin n’a pas envie de se faire manger. Il a plusieurs sens très développés. Il entend aussi bien qu’une chauve-souris. Le problème, c’est qu’il entend très bien, mais localise mal les sons.
On dit souvent que le lapin n’a pas une très bonne vue. En réalité, il a une vision panoramique à presque 360 degrés, mais voit mal à courte distance. Il compense donc avec un très bon odorat.
Il possède aussi des vibrisses — des moustaches — qui lui permettent de détecter les odeurs, les vibrations, ce qui se passe au sol. L’ensemble de ces capacités lui permet d’éviter de se faire manger en permanence, car dès qu’il sort de son terrier, c’est le danger.
Perrine : D’ailleurs, petite parenthèse : il vaut mieux éviter de mettre un lapin tout seul.
Thierry : Exactement. Un lapin seul peut faire une dépression. Les lapins vivent en communauté. Il faut au minimum deux lapins. Un lapin seul est stressé du matin au soir.
La vie du lapin, c’est être en alerte constante. Et ils ont un comportement très intéressant. Tu as déjà vu Bambi ?
Perrine : Oui, je me souviens de Panpan qui tapait au sol avec sa patte.
Thierry : Exactement. Panpan reproduit un comportement réel. Dans les garennes, certains lapins montent la garde. En cas de danger, ils tapent du pied. Boum boum boum sur le sol.
Toi, tu n’entends rien, mais les autres lapins entendent parfaitement, même ceux qui sont dans les terriers, parfois à plusieurs mètres sous terre. C’est le signal d’alerte.
Perrine : Parle-nous du terrier. Comment ça fonctionne ?
Thierry : La garenne est un réseau de terriers avec de multiples entrées et sorties, parfois jusqu’à une trentaine, accueillant plusieurs familles.
Mais quand Madame Lapine met bas — entre 1 et 12 petits, sachant qu’elle a 6 mamelles —, elle creuse un terrier spécifique, pouvant atteindre 5 mètres de profondeur. Ses moustaches lui servent à calibrer le diamètre du tunnel : elles ne doivent pas toucher les parois.
Elle met bas, puis referme le terrier. Cet endroit s’appelle la rabouillère. Elle ne revient nourrir les petits qu’une à deux fois par jour.
Perrine : Ce n’est pas beaucoup.
Thierry : Non, mais le lait de lapine est extrêmement riche, l’un des plus riches au monde. En trente jours, les petits passent d’un état quasi embryonnaire à de jeunes lapereaux.
La sélection naturelle se fait : les plus robustes survivent. Au bout de trente jours, ils sont indépendants. À quatre mois, le mâle peut se reproduire ; à six mois, la femelle aussi.
Si tout se passe bien, une seule famille peut donner jusqu’à 200 lapins en un an.
Perrine : Waouh !
Thierry : Mais le lapin est aussi très important pour nous, ici au Département. La dune protège le lapin, et le lapin protège la dune.
Perrine : En quoi est-il utile ?
Thierry : C’est un véritable outil pour la biodiversité. En broutant, il empêche les arbustes de s’installer, maintient les milieux ouverts et permet le développement de plantes rares, comme certaines orchidées. Grâce à lui, la dune ne se referme pas. C’est une tondeuse naturelle.
En France, contrairement à ce que l’on pense, le lapin de garenne est en régression : urbanisation, maladies, prédation, chasse… tout cela réduit ses populations.
Perrine : Il y a beaucoup de rumeurs sur sa reproduction. Quelle est la vérité ?
Thierry : Le lapin a une capacité de reproduction très élevée. L’expression “chaud lapin” vient de là. Il peut avoir jusqu’à quatre portées par an, et le mâle peut avoir plusieurs partenaires.
Cette forte reproduction compense la prédation et les maladies. Sans cela, il n’y aurait plus de lapins depuis longtemps. Son espérance de vie dépasse rarement 9 ans, et en milieu naturel, elle est plutôt de 3 ans.
Perrine : Est-ce qu’on a oublié des anecdotes ?
Thierry : Il y en a une que beaucoup connaissent : le lapin mange ses crottes. C’est ce qu’on appelle la caecotrophie.
Il produit une première crotte qu’il remange à 90 %, pour récupérer les vitamines. Puis il produit une seconde crotte, plus sèche, composée de fibres végétales. C’est une manière très efficace de tirer le maximum de son alimentation.
Perrine : Merci Thierry. Encore une fois, on a découvert un animal passionnant et compris son utilité dans nos espaces naturels. Et en plus, il est très mignon quand on voit les petits lapereaux sortir des terriers. On a de la chance de l’avoir chez nous.
Chers auditeurs, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer, d’écouter la nature qui parle. Peut-être apercevrez-vous un animal sauvage au détour d’un chemin. Avec ce que vous savez maintenant, vous n’en parlerez plus de la même manière.
La mouette rieuse, diva des mers
Publié le 12 août 2025
Rendez-vous à la réserve naturelle de la dune Marchand à la rencontre de la mouette rieuse. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de cet oiseau au cri si reconnaissable.
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Vous pensez les connaître, et pourtant ces animaux sauvages ont leurs petits secrets, que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature et ornithologue passionné et passionnant.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, qui vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Pour ce nouvel épisode d’été, aujourd’hui avec Thierry, nous respirons les embruns de la mer du Nord.
Sur l’estran, ces bandes de sable couvertes et découvertes par la marée, nous sommes au bord de la réserve naturelle de la dune Marchand, pour écouter un oiseau dont le cri se mêle au bruit des vagues.
Un oiseau franchouillard que vous connaissez tous, qui prend sa place et qui aide aussi ses congénères.
Vous verrez… la mouette rieuse.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine, heureux de t’accueillir sur ce milieu magnifique.
Perrine : C’est incroyable, la mer du Nord est vraiment magnifique. Aujourd’hui, tu vas nous parler d’un animal que l’on trouve dans le Nord et un peu partout en France, qui vit sa vie en prenant bien sa place dans les airs, et dans l’espace sonore aussi : la mouette rieuse.
Thierry : Tout à fait. Tout le monde connaît cette fameuse mouette. Ici, on est quand même au cœur du Dunkerquois : on est sur Zuydcoote, cette magnifique commune qui accueille la réserve naturelle de la dune Marchand.
On est au cœur d’un endroit où, chaque année, il y a le concours du chant de mouette. Tu le connais ?
Perrine : Ben oui, pour le carnaval.
Thierry : C’est vraiment extraordinaire. Des personnes imitent le cri de la mouette. Celui qui imite le mieux gagne un prix, et ils sont tous déguisés en mouette.
Perrine : Alors Thierry, tu t’es un petit peu entraîné ? Tu participes l’année prochaine au concours de cri ?
Thierry : Oui… alors ça, je ne l’ai pas avoué, mais je participe au cri.
(Imitation de cri de mouette)
Perrine : Magnifique.
Thierry : Parce que la mouette rieuse, tu ne peux pas passer à côté : elle est sans arrêt en train de communiquer. Effectivement, on dirait des sortes de railleries, des rires — c’est pour ça qu’on l’appelle “rieuse”.
Tout le monde l’associe à la mer, et pourtant la mouette n’est pas un oiseau si marin que ça.
Perrine : D’accord. Elle ne passe pas inaperçue, c’est sûr. Et alors, pourquoi on la trouve en mer, mais aussi dans les terres ?
Thierry : Oui, tout à fait. Tu connais sans doute notre espace naturel emblématique du Nord : le site ornithologique des Cinq Tailles, à une vingtaine de kilomètres de Lille, à Thumeries, où chaque année, grâce aux opérations de gestion du Département, on favorise la nidification de ce magnifique laridé.
Elle fait partie des laridés, comme les goélands, donc des oiseaux marins, et pourtant elle niche à l’intérieur des terres, sur des îlots conçus exprès pour elle.
On a plusieurs centaines de couples qui, chaque année, nichent à Thumeries.
Perrine : Et pourquoi elles partent là-bas, à l’intérieur des terres ?
Thierry : La mouette rieuse niche au sol. Comme elle niche au sol, il lui faut des zones en parfaite sécurité.
Elle est très grégaire : elle niche en groupe, elles sont très communautaires. Sur ces îlots, il n’y a pas de prédateurs, donc elle se sent à l’aise pour élever ses jeunes.
Elles pondent leurs œufs en même temps, les œufs éclosent à peu près en même temps, les jeunes grandissent ensemble.
C’est une sorte de grande pouponnière, où des centaines de mouettes rieuses nourrissent leurs jeunes simultanément.
Si un prédateur arrive — par exemple un busard, un épervier ou un autre rapace —, toutes décollent ensemble.
Ça fait un vacarme assourdissant, et en plus elles fientent sur le prédateur et lui donnent des coups de bec.
Le prédateur ne reste pas longtemps : il se sauve immédiatement. C’est une arme absolue.
Ce qui est intéressant, c’est que d’autres oiseaux en profitent.
Notamment à Thumeries, le grèbe à cou noir, l’oiseau emblématique du site. Il niche autour de la colonie de mouettes rieuses, en même temps qu’elles.
Il est ainsi complètement protégé : s’il y a un problème, les mouettes viennent aussi le défendre.
La mouette rieuse a du caractère, on ne va pas se le cacher. C’est un oiseau gourmand, avec un régime alimentaire très varié.
Elle se nourrit sur l’estran de micro-invertébrés, de petits poissons, de mollusques, de vers de vase. Elle peut aussi consommer des poissons morts à la surface.
À l’intérieur des terres, lorsqu’un agriculteur laboure son champ, elles suivent le tracteur pour manger des lombrics.
En été, quand il fait chaud, elles sont aussi capables de capturer des insectes en vol.
Elles ont des ailes très pointues, faites pour aller vite et loin. Elles peuvent voler en pleine tempête au-dessus de la mer, mais aussi voleter pour attraper des insectes.
Malheureusement, elles se nourrissent aussi de déchets : c’est un oiseau opportuniste, ce qui fait aussi sa force.
Perrine : Est-ce que c’est un oiseau migrateur ?
Thierry : C’est assez complexe. Les mouettes qui nichent sur la Baltique ont tendance à effectuer une migration partielle et descendent vers notre département.
Celles nées à Thumeries peuvent aller jusqu’à Marseille ou en Camargue.
On parle donc de migration partielle.
Grâce au baguage, on a observé qu’une mouette pouvait rejoindre Marseille depuis la Belgique en seulement deux jours. Elles migrent souvent en formation en V, qu’on appelle des chevrons.
C’est aérodynamique : elles profitent du battement d’ailes de la voisine. La mouette de tête prend l’effort, puis elle est relayée, un peu comme dans le Tour de France.
Perrine : On n’a pas encore décrit la mouette rieuse. À quoi ressemble-t-elle ?
Thierry : C’est un très bel oiseau. Elle a deux types de plumage.
En été, elle porte un capuchon brun chocolat qui recouvre toute la tête, un bec rouge sombre, et des ailes grises.
Quand les ailes sont ouvertes, on distingue un grand V clair très caractéristique.
En hiver, elle perd ce capuchon et retrouve une tête entièrement blanche.
Perrine : Ça vit combien de temps, une mouette rieuse ?
Thierry : Elle peut vivre jusqu’à une trentaine d’années.
La reproduction est modérée, ce qui équilibre les populations.
Elle peut aussi être sujette à des parasites et à des maladies, comme la grippe aviaire, qui a sévi l’an dernier sur la côte.
Perrine : Pour terminer sur une note d’humour, as-tu une anecdote ?
Thierry : Oui ! Monsieur Mouette a une technique très drôle pour attirer Madame Mouette.
Lorsqu’il y a des célibataires, ils se placent devant la colonie, gonflent leur plumage, ouvrent les ailes et crient pendant des heures, un peu comme un paon.
À force, une femelle arrive, ils échangent de petites offrandes — souvent des poissons — et le couple se forme.
Perrine : Merci Thierry.
Thierry : Avec grand plaisir, Perrine.
Perrine : Merci Olivier pour l’enregistrement.
Thierry : Merci Olivier, oui.
Chers auditeurs, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord.
Prenez le temps d’observer et d’écouter la nature qui parle.
Peut-être apercevrez-vous un animal sauvage au détour d’un chemin.
Avec ce que vous savez maintenant, vous ne les regarderez plus de la même manière.
Le chevreuil, filou de la forêt
Publié le 25 juillet 2025
Rendez-vous au lac bleu de Watten à la rencontre du chevreuil. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de ce mammifère très répandu dans le Nord au tempérament bien trempé.
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Vous pensez les connaître… Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, direction la Flandre, sur les hauteurs du lac bleu de Watten. Un espace naturel isolé, presque hors du temps, avec une ambiance de bout du monde. Ici, la nature est reine : les bois pour se cacher, les fourrés pour se nourrir, l’eau du lac pour s’abreuver. Un lieu rêvé pour un animal discret, agile… et filou : le chevreuil.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Aujourd’hui, tu nous présentes un animal très répandu dans le Nord… mais aussi très rusé. Tu vas nous expliquer pourquoi.
Thierry : Oui ! On va partir à la découverte du monde du chevreuil. Ce petit mammifère, tout le monde pense le connaître car on le voit de plus en plus souvent. Il est en pleine expansion dans le département.
Perrine : On entend souvent parler de biches, de cerfs… Le chevreuil, c’est un cousin ?
Thierry : Oui, un cousin éloigné. Beaucoup de gens les confondent, mais ce n’est pas du tout le même gabarit ! Un chevreuil adulte pèse environ 26 kg, mesure 1 mètre de haut au maximum. C’est à peu près la taille d’un grand chien. Il a de petits bois, très différents de la grande ramure du cerf. Ses bois lui permettent de se faufiler dans les broussailles sans se faire remarquer. Une astuce simple : vu de dos, le chevreuil a une tache blanche bien visible, comme un petit phare en forme de cœur. Il l’active quand il a peur ou pour alerter ses congénères. Contrairement au cerf, le chevreuil n’a pas de queue.
Perrine : Et physiquement, il ressemble à quoi ?
Thierry : Ce qui frappe d’abord, ce sont ses grandes oreilles mobiles, parfaites pour entendre les moindres bruits. Il a aussi de gros yeux noirs, très expressifs, et une truffe noire bien visible.
Sa tête est très fine : vue de face, on a l’impression qu’elle a été aplatie comme une feuille. Cela lui permet de se faufiler partout.
Thierry : Le chevreuil change de pelage selon les saisons :
En été, il est roux, ce qui le rend presque invisible dans les hautes herbes.
En hiver, il prend une teinte gris écorce, pour se fondre dans les bois nus. Il devient alors quasi invisible.
Perrine : Ici, au lac Bleu de Watten, l’environnement semble parfait pour lui ?
Thierry : Oui, il adore les milieux variés : prairies, bois, points d’eau. Il est très adaptable. Il a besoin d’une nourriture diversifiée et ce type d’habitat est idéal pour lui.
Perrine : On dit qu’il aboie comme un chien, c’est vrai ?
Thierry : (imite un aboiement) Oui, tout à fait ! Ce n’est pas votre chien dans le bois : c’est le chevreuil. Il aboie pour signaler sa présence, ou quand il est agacé par un intrus. Le son est étonnant !
Perrine : As-tu des anecdotes à nous raconter sur le chevreuil ?
Thierry : Oh oui, j’en ai plein ! La dernière fois, je suis tombé nez à nez avec un brocard — le mâle du chevreuil. On s’est retrouvés face à face, il m’a repéré, et j’ai tenté le jeu de la statue. Il m’a fixé, a baissé la tête… puis l’a relevée brutalement. J’ai eu une crampe, j’ai bougé un bras… et hop, il a filé comme une flèche. Il est incroyablement vif.
Perrine : Parlons du cycle de vie. Quand naissent les petits ?
Thierry : Entre avril et début mai, la chevrette (la femelle) met bas, seule, a deux faons en général.
Ils pèsent 1,5 kg, n’ont aucune odeur et possèdent un pelage tacheté blanc pour se camoufler. Leur technique de défense ? Faire le mort.
Attention : il ne faut jamais toucher un faon qu’on pense abandonné ! Il ne l’est pas. Sa mère est souvent à proximité.
Thierry : En période de reproduction, le mâle marque son territoire… et c’est là qu’on peut observer un comportement étonnant : la danse du chevreuil.
Ils tournent, courent, font des cercles autour des arbres, sautillent… C’est à la fois spectaculaire et amusant à observer !
Perrine : Les espaces naturels du Nord jouent un rôle dans sa préservation ?
Thierry : Oui, la politique du Département vise à préserver des milieux cohérents, sans fragmentation. Ça permet au chevreuil de se déplacer, de se nourrir et de se reproduire en sécurité.
Aujourd’hui, un chevreuil adulte n’a quasiment plus de prédateur dans le Nord. Seul l’homme reste une menace. Les faons, eux, peuvent être victimes du renard ou de chiens errants.
Perrine : Merci Thierry.
Thierry : Avec plaisir Perrine. Et n’oublie pas : si tu croises un chevreuil… joue à 1, 2, 3 soleil !
Perrine : Merci aussi à Olivier pour la qualité de l’enregistrement.
Chers auditeurs, chères auditrices, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer, d’écouter… et peut-être, au détour d’un chemin, apercevrez-vous un pelage roux au détour d’un chemin. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne le regarderez plus de la même manière.
Le putois, un séducteur mal-aimé
Publié le 17 juin 2025
Rendez-vous au site ornithologique des Cinq tailles de Thumeries, à la rencontre du putois. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de ce petit carnivore à la mauvaise réputation mais si utile.
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Vous pensez les connaître… Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, direction Thumeries, dans la zone humide ornithologique des Cinq Tailles. Entre bassins, herbes hautes et terriers, nous partons à la rencontre d’un animal mystérieux, agile et… un peu malodorant : le putois, ou devrais-je dire, Pépé le Putois, séducteur de nos forêts !
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Alors… On a vraiment des putois dans le Nord ?
Thierry : Tout à fait ! Ils sont discrets, pas faciles à observer, mais bien présents. C’est un mammifère très rigolo… et souvent mal compris !
Perrine : Il a mauvaise réputation, ce putois, non ?
Thierry : Oui, on l’a longtemps appelé "le puant"… et ce n’est pas pour rien. Il possède deux glandes anales qui produisent une odeur extrêmement forte, musquée, difficile à décrire. Il utilise cette odeur dans plusieurs cas :
- pour marquer son territoire,
- pour séduire,
- ou pour se défendre.
Perrine : On le confond souvent avec la moufette ou le furet, non ?
Thierry : Oui. Le furet est un cousin domestiqué, utilisé notamment pour la chasse. Il possède lui aussi des glandes odorantes.
La moufette, elle, est sa cousine américaine. C’est d’ailleurs elle qu’on retrouve dans les dessins animés avec Pépé le Putois, ce séducteur malheureux que tout le monde fuit… à cause de son odeur !
Mais attention, chez nous, le putois n’a rien d’un cartoon : c’est un animal sauvage, discret et essentiel à l’écosystème.
Le putois fait partie de la famille des mustélidés : comme la belette, la loutre, ou la fouine.
Il a un corps fuselé, comme un petit serpent à poils ! Cette forme lui permet de rentrer dans les terriers pour chasser, notamment des rongeurs et des lapins.
Son pelage est marron foncé, et il porte un vrai masque de Zorro sur le visage. Il a aussi de longues griffes, parfaites pour creuser, s’accrocher, ou attraper ses proies.
Perrine : Il grimpe aux arbres ?
Thierry : Pas du tout ! Contrairement à sa cousine la martre, le putois reste strictement au sol. Mais il a un autre talent… Il est champion de natation !
Il est très à l’aise dans l’eau, ce qui explique pourquoi on le retrouve près des zones humides, des marais, des mares et des boisements humides. Il raffole notamment des amphibiens, surtout des grenouilles.
Perrine : On dit parfois “gueuler comme un putois”. C’est vrai qu’il fait autant de bruit ?
Thierry : Oui ! Le putois pousse un cri très particulier, strident et saccadé, presque comme une mitraillette. Ce cri d’intimidation, il le réserve aux moments où il se sent menacé. Et je t’assure : ça surprend !
Thierry : Le putois creuse son propre terrier, ou utilise ceux laissés par d’autres animaux… comme les lapins (qu’il chasse aussi, soit dit en passant !).
Il vit en couple, mâle et femelle partagent le terrier pendant quelques temps. Après la naissance des petits, environ 6 par portée, l’émancipation est rapide : au bout de 2 mois, tout le monde se sépare.
Dès l’année suivante, les jeunes sont eux-mêmes capables de se reproduire.
Perrine : Le putois se porte bien dans le Nord ?
Thierry : Malheureusement, non. Ses populations diminuent fortement, car :
- son habitat disparaît (zones humides, haies, boisements),
- il est très souvent écrasé sur les routes,
- et il est souvent mal compris.
Perrine : Peut-on observer le putois ?
Thierry : Oui, mais il faut être patient et discret. Le putois est un animal sauvage, nocturne, discret, mais curieux.
Un jour, sans bouger, j’ai vu “Pépé le Putois” surgir tranquillement, occupé à capturer des grenouilles. Et pour une fois… je n’ai même pas eu besoin de me boucher le nez !
Perrine : Merci Thierry, encore un épisode passionnant.
Thierry : Avec plaisir ! Parler du putois, c’est toujours un peu… piquant !
Chers auditeurs, chères auditrices, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer, d’écouter… Peut-être croiserez-vous un beau pelage marron au détour d’un chemin… ou recevrez-vous une onde olfactive intense ! Désormais, vous savez : chaque animal sauvage a sa place. Et vous ne parlerez plus du putois de la même manière.
Le triton, petit dragon des mares
Publié le 22 mai 2025
Rendez-vous au lac bleu de Watten, à la rencontre du triton. Thierry Tancrez, animateur nous dévoile les secrets de cet amphibien aux pouvoirs incroyables.
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Vous pensez les connaître… Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
En ce beau jour de printemps, nous sommes au bord du Lac Bleu de Watten, dans les Flandres. Cette ancienne carrière d’argile abrite une biodiversité étonnante : faucons, sangliers, chevreuils… et, en bord de mare se trouve un petit animal discret, protégé, et magique : le triton.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Aujourd’hui, on parle du triton, un amphibien cousin de la salamandre, que tu nous avais présenté dans un précédent épisode.
Thierry : Les tritons ont longtemps été appelés "gardes de fontaine", car leur présence signifie une chose : il y a de l’eau pas loin.Mais attention à ne pas les confondre avec les salamandres. Il existe deux grandes familles d’amphibiens : les anoures (grenouilles, crapauds) et les urodèles (tritons et salamandres). La différence ? La queue ! Chez la salamandre, elle est ronde, chez le triton, elle est plate, pour nager comme un sous-marin. Le triton mène deux vies : l’hiver : il hiberne, parfois jusqu’à 5 mètres de profondeur dans les poches d’argile, au printemps : il remonte, réveillé par la chaleur, pour retrouver sa mare natale. Et oui : chaque triton reconnaît l’odeur unique de sa mare. C’est sa maison. Dès qu’il retrouve sa mare, le triton change totalement d’apparence : sa peau noire et rugueuse laisse place à des couleurs éclatantes : jaune, orange, vert, noir…
c’est un vrai costume de séduction pour attirer madame Triton !
Un triton adulte mesure environ 10 à 15 cm. Il existe plusieurs espèces dans le Nord :
- Triton crêté (ou "dragon des mares") : avec une grande crête dorsale, jaune et noir.
- Triton palmé : vit dans les mares forestières.
- Triton ponctué : avec de petits points noirs.
- Triton alpestre : le plus coloré de tous !
Perrine : Alors, comment se passe la reproduction ?
Thierry : Le triton évite les mares avec des poissons qui mangeraient ses œufs. Il préfère les petits plans d’eau peu profonds où il se nourrit de larves de moustiques, notonectes (insectes aquatiques), gerris (les "araignées d’eau").
Puis vient la rencontre : Monsieur Triton dépose une petite boule blanche (spermatophore) au fond de la mare. Il tournoye autour de madame, exhibe sa queue magnifique… Et lorsqu’elle est séduite, elle se place juste au-dessus, pour absorber la spermatophore dans son cloaque. Une méthode de reproduction très originale dans le règne animal !
Madame Triton pond environ 100 œufs, qu’elle cache un à un entre deux feuilles de plantes aquatiques.
C’est un travail minutieux, qui peut durer plusieurs semaines.
Une fois l’œuf pondu, le bébé triton mettra 2 à 3 semaines à éclore. Il naît sans bouche, sans pattes, mais avec des branchies externes. Il deviendra autonome progressivement.
Les adultes, eux aussi, respirent un peu par la peau, mais doivent régulièrement remonter à la surface pour respirer. Mais attention : là-haut, rôde peut-être Monsieur Héron…
Perrine : Comment aider les tritons ?
Thierry : On peut aider les tritons en créant des mares dans les jardins (avec quelques règles simples à respecter), et en protégeant leurs habitats naturels.
Bonne nouvelle : on a même retrouvé des tritons en plein centre-ville de Lille, dans le quartier de Wazemmes, où des particuliers avaient installé de petites mares. Comme quoi, la nature revient vite quand on l’invite !
Perrine : Tu as toujours une anecdote à nous partager, Thierry, racontes-en une sur le triton !
Thierry : Oui ! Le triton a un super-pouvoir étonnant : il est capable de régénérer ses membres perdus. Bras, queue… tout repousse, parfaitement identique. Une capacité de résilience exemplaire !
Perrine : Merci Thierry, encore un épisode passionnant.
Thierry : Avec plaisir Perrine ! Et n’oublions pas que ce petit animal, discret et coloré, a toute sa place dans notre patrimoine naturel.
Chers auditeurs, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord.
Prenez le temps d’observer, d’écouter… Peut-être apercevrez vous, au détour d’un chemin, un petit corps coloré glisser dans l’eau… Grâce à ce que vous savez maintenant, vous ne regarderez plus jamais les tritons de la même manière.
Le papillon Belle-Dame, voyageur de génération en génération
Publié le 5 mai 2025
Rendez-vous à la dune Marchand, à la rencontre du papillon Belle-Dame. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de cet insecte à la migration incroyable.
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Vous pensez les connaître… Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, je rejoins Thierry sur la réserve nationale de la Dune Marchand, au cœur des dunes de Flandre, pour parler de ce petit insecte qui fait un long voyage chaque année.
Le vent souffle doucement, les fleurs dansent, et autour de nous virevoltent des papillons colorés. Parmi eux, la Belle-Dame, reconnaissable à ses ailes orangées bordées de noir.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Dis-nous, pourquoi parler de la Belle-Dame ?
Thierry : Parce que c’est un papillon extraordinaire ! Avec ses ailes fragiles comme de la dentelle, elle parcourt chaque année jusqu’à 12 000 kilomètres, un exploit impressionnant, même à côté du célèbre papillon monarque.
Perrine : Mais d’où vient-elle ?
Thierry : Elle vient d’Afrique sub-saharienne, du Mali, et commence son voyage en plein hiver. Elle vole au-dessus du Sahara, arrive au Maghreb où elle pond ses œufs, puis ses descendants traversent la Méditerranée pour remonter jusqu’ici, dans le Nord.
Perrine : Comment se passe son cycle de vie ?
Thierry : D’abord, les œufs éclosent en chenilles qui mangent énormément de feuilles de chardon pendant plusieurs semaines. Puis elles se transforment en chrysalides, un cocon où elles se métamorphosent en papillons. Chaque génération parcourt une étape de ce long voyage. Quatre générations se succèdent pour faire l’aller-retour complet.
Perrine : Comment sait-on qu’elles font tout ce trajet ?
Thierry : En analysant les ailes, on trouve des traces des plantes sur lesquelles elles ont butiné, différentes selon les régions traversées. C’est comme une carte secrète écrite dans leurs ailes.
Perrine : Est-ce que la Belle-Dame suit les mêmes routes que les oiseaux migrateurs ?
Thierry : Oui, elle emprunte souvent les mêmes axes nord-sud, portée par les vents du printemps qui l’aident à traverser la Méditerranée.
Perrine : Que fait-elle dans nos jardins ?
Thierry : Elle butine les fleurs, tout comme les abeilles, cherchant nectar et pollen. Sa chenille, en revanche, dévore les feuilles de chardon. C’est un équilibre naturel important.
Perrine : Où peut-on observer la Belle-Dame dans le Nord ?
Thierry : Sur les dunes, dans les milieux secs et broussailleux où poussent les chardons, mais pas en forêt.
Perrine : Un dernier secret à nous révéler sur le papillon Belle-Dame ?
Thierry : Oui ! Ses ailes ne doivent jamais être touchées car elles sont recouvertes de millions d’écailles très fragiles. Si on les abîme, le papillon ne peut plus voler correctement.
Perrine : Merci Thierry !
Thierry : Avec plaisir.
Chers auditeurs, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord.
Prenez le temps d’observer, d’écouter la nature qui parle… Peut-être apercevrez vous un animal sauvage au détour d’un chemin. Grâce à ce que vous savez maintenant, vous ne les regarderez plus de la même manière.
La chouette hulotte, reine de la nuit
Publié le 28 mars 2025
Rendez-vous au bois de Thumeries, à la rencontre de la chouette hulotte où Thierry Tancrez, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné, nous dévoile les secrets de ce rapace noctambule.
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Vous pensez les connaître… Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, je rejoins Thierry dans le bois de Thumeries, pour tendre l’oreille et espérer écouter celle qu’on appelle la maîtresse de la nuit : la chouette hulotte.
La nuit tombe doucement, le silence s’installe. Et soudain…
Perrine : Ouh… là là ! J’ai peur, Thierry… Tu as entendu ?
Thierry : Oui, c’est monsieur Hulotte qui chante. Ce cri qui résonne dans la nuit glacée, ça en a effrayé plus d’un au Moyen-Âge. On le prenait pour un mauvais présage… la voix de la « bête » !
Perrine : Ce n’est pas un hibou ?
Thierry : Non. Ce qui différencie une chouette d’un hibou, ce sont les petites aigrettes sur la tête. Le hibou en a, la chouette non. La chouette hulotte a une grosse tête bien ronde, toute lisse, sans aigrettes.
Perrine : Ce cri a-t-il une signification ?
Thierry : Oui, c’est un chant territorial et nuptial. Le mâle appelle la femelle avec un chant très puissant, audible à plusieurs centaines de mètres, parfois jusqu’à un kilomètre. La femelle, elle, répond avec un cri plus rauque, très différent.
Perrine : On parle de la chouette hulotte comme d’un rapace. C’est exact ?
Thierry : Tout à fait. C’est un rapace nocturne. Elle a des yeux noirs qui captent très bien la lumière, un bec crochu pour déchirer la chair, et un sens de l’ouïe extrêmement développé. Elle a même des oreilles asymétriques : une particularité qui lui permet de capter les sons en stéréo et de localiser très précisément ses proies.
Perrine : Et elle peut tourner sa tête de manière incroyable, non ?
Thierry : Oui ! Alors que nous avons 7 vertèbres cervicales, elle en a 14, ce qui lui permet de tourner sa tête jusqu’à 275°. C’est impressionnant… mais très utile pour repérer les sons dans toutes les directions.
Perrine : Elle est aussi très silencieuse…
Thierry : C’est vrai. Elle peut voler sans bruit, grâce à une structure particulière au bout de ses plumes, comme des petits peignes. Cela lui permet de surprendre ses proies sans être entendue. En une nuit, elle peut capturer plus de 20 campagnols !
Perrine : Que fait-elle ensuite de ses proies ?
Thierry : Elle avale tout, puis rejette les parties qu’elle ne digère pas sous forme de pelotes de réjection : des petites boules contenant des poils et des os. Elles sont très utiles pour les naturalistes : on peut y identifier les espèces de rongeurs qu’elle a mangées.
Perrine : Où niche-t-elle ?
Thierry : C’est une espèce cavernicole : elle cherche des trous pour s’abriter et pondre. Ce sont souvent de vieilles cavités dans les arbres. On peut l’aider en posant des nichoirs adaptés. Même en ville, on peut la trouver : elle s’adapte très bien tant qu’elle trouve de la nourriture.
Perrine : Peut-on la repérer facilement ?
Thierry : Pas vraiment, car elle est très discrète le jour. Mais elle est parfois harcelée par les petits oiseaux, comme les mésanges ou les merles. Pourquoi ? Parce qu’elle peut les capturer pendant la nuit, alors ils la poursuivent le jour, comme une vengeance collective !
Perrine : Et pour les auditeurs qui souhaitent l’aider ?
Thierry : On peut installer un nichoir adapté : en forme de U allongé, avec une large ouverture frontale. Il faut le placer en hauteur, dans un endroit calme. Et si vous avez de vieux arbres dans votre jardin, surtout, gardez-les !
Perrine : Merci Thierry, c’était passionnant !
Thierry : Merci à toi, Perrine.
Chers auditeurs, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord. Écoutez, observez la nature qui parle… et peut-être entendrez-vous, un soir, la voix mystérieuse de la chouette hulotte. Après cet épisode, vous ne l’écouterez plus de la même manière.
La sarcelle d'hiver, un petit canard qui cherche l'amour
Publié le 24 décembre 2024
Rendez-vous au marais de Bonnance, à la rencontre de la sarcelle d'hiver où Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de ce petit canard venu de l'Est.
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Vous pensez les connaître… Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, Thierry m’a donné rendez-vous au Marais de Bonance à Fretin, un espace naturel au sud de la métropole lilloise. Les chemins sinueux serpentent entre les roselières et les zones humides. L’hiver est là. Le froid a figé la nature, tout est calme… sauf un petit canard, venu de loin, qui barbote tranquillement et donne de la voix.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Alors c’est étonnant… Ces oiseaux, ces oies, ces canards quittent le Grand Nord pour passer l’hiver dans des contrées plus douces. Et ce petit canard dont on parle aujourd’hui… il vient chez nous ?
Thierry : Oui ! Ce n’est pas un canard du Nord, et pourtant, il adore venir passer l’hiver ici. On va parler de la sarcelle d’hiver, le plus petit canard d’Europe : 330 grammes à peine, contre 1,4 kg pour un colvert !
Thierry : La sarcelle vient de très loin : de Pologne, de Scandinavie… Elle migre dès septembre pour éviter le gel. Pourquoi ? Parce qu’elle barbote dans les vasières, là où l’eau est peu profonde. Si tout gèle, elle ne peut plus se nourrir.
Perrine : Et elle trouve ce qu’il faut chez nous ?
Thierry : Oui, le département du Nord lui offre un garde-manger idéal, riche en graines aquatiques et petits invertébrés.
Thierry : Alors... je ne t’avais pas encore donné leurs prénoms. On va parler de Nicolas et Anastasia. Ils ne sont pas encore en couple quand ils arrivent de Pologne, mais tout commence ici, chez nous.
Perrine : Donc la migration, c’est aussi pour rencontrer l’âme sœur ?
Thierry : Exactement ! Le mâle, Nicolas, est magnifique : un sourcil vert émeraude très marqué, un plumage coloré, un petit bec... tandis qu’Anastasia, la femelle, est discrète, avec une robe couleur roseau. Un camouflage parfait, surtout quand elle couve au sol.
Ce petit canard a un bec particulier, équipé de fanons sur les côtés, comme les baleines ! En bougeant la tête de gauche à droite, il filtre l’eau et retient les graines et petits vers.
Perrine : Et c’est pour ça qu’on le trouve toujours en surface, dans les zones peu profondes ?
Thierry : Exactement. La sarcelle est une barboteuse, elle plonge très peu.
Perrine : Quel est son rôle dans l’écosystème ?
Thierry : Elle est très utile : elle mange les graines des plantes aquatiques, ce qui évite leur prolifération. Sans elle, certaines zones humides pourraient rapidement se transformer en forêt !
Perrine : Tu as toujours une anecdote à nous raconter…
Thierry : Oui ! Observe une sarcelle le matin : elle tourne la tête en suivant le soleil, comme un petit panneau solaire. C’est stratégique : elle se place face au soleil pour pouvoir décoller plus facilement.
Et autre chose : son cerveau fonctionne en deux parties. Une moitié dort, pendant que l’autre reste en alerte, avec un œil ouvert en cas de danger !
Perrine : Et pour se protéger du froid ?
Thierry : Elle gonfle son plumage, comme une petite boule de pétanque ! Sous les plumes se cache un duvet très dense. Elle passe des heures à les nettoyer avec de l’huile produite par une glande spéciale, la glande uropygienne.
Perrine : Tu nous avais promis une belle histoire…
Thierry : Oui ! En février, les sarcelles se regroupent. Le mâle fait la cour : il lève la tête, relève la queue, pose son bec sur son ventre… une vraie danse des canards !
Perrine : Et Anastasia tombe sous le charme ?
Thierry : Oh oui ! Le couple se forme ici, dans le Nord. Puis en mars, ils repartent ensemble en Pologne. Là-bas, madame pond 6 à 7 œufs, qu’elle couve seule. Et la boucle est bouclée.
Thierry : Le Marais de Bonance est un bon endroit pour les voir, notamment grâce aux observatoires. Mais tu peux aussi les observer à Saint-Aybert (site ornithologique), et à Chabaud-Latour à Condé-sur-l’Escaut.
Perrine : Et si on en voit une ?
Thierry : Garder ses distances, toujours. Ce sont des animaux sauvages, discrets. Mais avec de la patience et des jumelles, l’observation est magique.
Perrine : Merci Thierry, encore une fois c’était passionnant.
Thierry : Merci à toi, et merci à Olivier qui brave le froid pour enregistrer ce podcast par tous les temps.
Chers auditeurs, partez vous aussi dans les espaces naturels du Nord. Même en hiver, la vie sauvage est bien présente. Prenez le temps d’observer, d’écouter la nature qui parle… et peut-être, au détour d’un sentier, croiserez-vous Nicolas et Anastasia. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne les regarderez plus de la même manière.
Le phoque veau marin, flâneur des bancs de sable
Publié le 31 octobre 2024
Rendez-vous sur les côtes de la mer du Nord, à la rencontre du phoque veau marin où Thierry Tancrez, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné, nous dévoile les secrets de ce flâneur des bancs de sable.
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Ils vivent près de chez vous : dans les bois, les marais, les champs, les dunes ou... la mer. Certains se montrent volontiers, d’autres restent discrets. Vous pensez les connaître ? Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels à la rencontre des animaux sauvages.
Une fois n’est pas coutume : aujourd’hui, nous quittons bois et marais pour prendre le large. Direction l’extrémité nord du département, vers la mer, pour rencontrer l’un des plus gros mammifères marins de nos côtes… un animal que vous avez peut-être déjà aperçu, allongé sur un banc de sable, profitant du soleil.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Alors Thierry, de qui parle-t-on aujourd’hui ?
Thierry : Du phoque veau-marin ! Un mammifère marin emblématique de la mer du Nord. Il fait partie de la famille des pinnipèdes — la même que les morses ou lions de mer. "Pinnipède", ça veut dire "pieds palmés". Chez lui, ce sont surtout les pattes arrière, adaptées à la nage.
Perrine : On le confond souvent avec l’otarie, non ?
Thierry : Et pourtant, ce sont deux espèces bien différentes. L’otarie se dresse sur ses pattes avant et avance "debout". Le phoque veau-marin, lui, rampe sur le ventre. Il a une allure plus pataude sur terre, mais dans l’eau… il est très rapide !
En cas d’alerte, il fonce à la mer en quelques secondes. C’est pour ça qu’il reste proche de l’eau, sur les bancs de sable.
Thierry : Le phoque peut sembler tranquille, presque mignon… mais attention, c’est un animal sauvage. Il a des dents puissantes et n’aime pas être approché.
Perrine : Donc on le regarde, mais on ne s’en approche pas.
Thierry : Exactement. Ce n’est pas une peluche. Observer oui, toucher, jamais.
Perrine : À quoi ressemble-t-il ?
Thierry : Il a une tête arrondie, un front bombé, un petit museau en forme de V… Il ressemble un peu à un chien ! Il a de grands yeux noirs très expressifs. Son pelage est très varié : certains sont marbrés, d'autres marron, gris, voire presque noir.
Allongé sur le sable, il a une forme de gros boudin. Et s’il reste immobile, c’est pour sécher et se réchauffer. Car malgré sa couche de graisse, l’eau de la mer du Nord est froide, surtout au printemps !
Tu vas voir un comportement rigolo : quand la marée monte, les phoques se mettent en position "banane".
Perrine : La banane ?
Thierry : Oui ! Ils lèvent la tête d’un côté, les pattes de l’autre, pour éviter de toucher l’eau le plus longtemps possible. Ils sont frileux… ou plutôt très soucieux de leur confort !
Perrine : Finalement, c’est dans l’eau que le phoque est le plus à l’aise.
Thierry : Sur terre, il se déplace lentement, mais il entend très bien et sent les mouvements à distance. Dans l’eau, il est extrêmement agile : il peut nager jusqu’à 37 km/h, il plonge entre 200 et 400 mètres de profondeur, il peut rester 10 à 15 minutes en apnée. Il dort aussi dans l’eau, par courtes saccades, une technique bien rodée.
Thierry : Le phoque veau-marin est sédentaire : une fois qu’il trouve un bon spot, il y reste. Ici, sur la côte nord, notamment autour de Gravelines ou Dunkerque, certaines colonies vivent là toute l’année.
Perrine : Il peut aller en Angleterre ?
Thierry : En fait, les premiers phoques de notre région viennent d’Irlande, du pays de Galles, de Cornouailles. Ils ont traversé la Manche pour recoloniser nos côtes. Aujourd’hui, ils restent car tout y est : bancs de sable pour se reposer et poissons en abondance à proximité.
Perrine : Quel est son tempérament ?
Thierry : Très cool. Très pépère. Mais aussi très curieux !
Il m’est arrivé plusieurs fois d’avoir des phoques qui s’approchent à quelques mètres, comme des chiens qui viennent vous renifler, puis repartent tranquillement à la pêche. Un moment magique… mais ce sont eux qui décident de s’approcher, jamais l’inverse.
Perrine : Quels conseils donnerais-tu aux auditeurs pour les observer ?
Thierry : Ici, sur notre littoral, les marais, estuaires et bancs de sable offrent de très bons postes d’observation. Mais toujours à distance, sans bruit, sans tenter de les toucher.
Ce sont des animaux sensibles, protégés, et essentiels à la biodiversité marine.
Perrine : Merci Thierry, c’était encore une fois passionnant !
Thierry : Merci à toi, Perrine, et merci à Olivier qui nous accompagne quel que soit le temps ! Aujourd’hui, il fait beau, même dans le Nord — le phoque ne s’y trompe pas, il est là, bien tranquille.
Perrine :
Vous aussi, chers auditeurs, partez à la découverte du phoque veau-marin, mais aussi de tous les animaux sauvages du Nord. Prenez le temps d’observer, d’écouter, de vous émerveiller.
Et qui sait… peut-être croiserez-vous, au détour d’un banc de sable, un regard curieux et noir qui vous observe en retour. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne le regarderez plus de la même manière.
La cigogne noire, princesse de la forêt
Publié le 26 juillet 2024
Rendez-vous dans une forêt de l'Avesnois, près du Val Joly, à la rencontre de la cigogne noire. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de cette princesse de la forêt.
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Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, direction la forêt de Mormal dans l’avesnois, pas bien loin du Val Joly. Les yeux levés vers la cime des arbres, on espère apercevoir un oiseau majestueux, aux ailes noires, discret mais impressionnant : la cigogne noire.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Aujourd’hui, tu nous présentes un oiseau un peu mystérieux, que peu de personnes connaissent, pourtant présent dans le Nord. La cigogne noire, c’est ça ?
Thierry : Oui, exactement ! C’est un oiseau fantastique, aussi appelée la princesse des forêts. Elle est revenue nicher dans le Nord depuis les années 90, attirée par nos vieilles forêts. Pour faire son nid, elle cherche des arbres très anciens, parfois bicentenaires, perchés à plus de 12 mètres de hauteur.
Perrine : La cigogne noire, c’est une version noire de la cigogne blanche ?
Thierry : En quelque sorte, oui. Elle a le plumage noir, avec un ventre blanc visible en vol. Ses ailes noires brillent avec des reflets violets ou bleutés, c’est très joli à voir. Son bec est rouge vif, légèrement retroussé. Elle est un peu plus petite que la cigogne blanche.
Perrine : Elle vient d’où ?
Thierry : Elle migre d’Afrique subsaharienne, passant par le Bosphore et Israël pour arriver en Europe. Contrairement à la cigogne blanche, qui migre en grands groupes et par Gibraltar, elle voyage souvent seule ou en petits groupes.
Perrine : Pourquoi la surnomme-t-on la princesse des forêts ?
Thierry : Parce qu’elle est très discrète, niche au cœur des forêts sauvages, loin des perturbations. Elle aime les grands arbres et construit son nid très haut pour se protéger des prédateurs.
Perrine : Que mange-t-elle ?
Thierry : Elle se nourrit surtout d’amphibiens, comme les grenouilles, mais aussi de poissons, limaces et escargots qu’elle attrape délicatement. Elle chasse souvent en lisière de forêt, près des petits cours d’eau.
Perrine : Comment se passent les premiers envols des petits ?
Thierry : C’est un moment crucial. Les jeunes s’entraînent longuement à battre des ailes avant de se lancer du nid, à plus de 12 mètres. L’envol a lieu entre mi-juillet et fin juillet.
Perrine : Comment se porte cette espèce dans le Nord ?
Thierry : Elle se porte plutôt bien, grâce à la qualité de nos forêts. Mais la cigogne blanche reste plus présente. La cigogne noire reste plus rare et mystérieuse, fidèle à son rôle de princesse des forêts.
Perrine : Merci Thierry, c’était passionnant.
Thierry : Avec plaisir, Perrine.
Chers auditeurs, n’hésitez pas à sortir, à chausser vos bottes, le Nord regorge de surprises. Partez en balade, ouvrez les yeux et peut-être croiserez-vous la mystérieuse cigogne noire. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne la regarderez plus de la même manière.
Le chat sauvage, insaisissable félin
Publié le 28 juin 2024
Rendez-vous dans un espace naturel du Nord à la rencontre du chat sauvage où Thierry Tancrez, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné, nous dévoile les secrets de cet insaisissable félin.
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Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, direction la plus grande forêt du département du Nord, la forêt de Mormal. Ici, les arbres centenaires forment une réserve exceptionnelle de biodiversité, offrant gîte et couvert à des animaux rares et discrets.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Aujourd’hui, tu nous parles d’un animal fascinant, discret, que l’on croise rarement : le chat sauvage. Qui est-il vraiment ?
Thierry : Oui, quel plaisir de se retrouver en pleine forêt de Mormal. Le chat sauvage y trouve un habitat idéal, entouré d’arbres centenaires et bicentenaires. Ce n’est pas le petit cousin du chat domestique, c’est une espèce à part, apparue il y a plus de 250 000 ans.
Perrine : Quelles sont les différences physiques avec le chat domestique ?
Thierry : Le chat sauvage est robuste, avec une queue très touffue, annelée, terminée par une pointe noire. Son pelage est gris aux nuances ternes, avec une ligne noire caractéristique sur le dos. Il pèse entre 3 et 5 kg, c’est un vrai félin sauvage, un membre de la même famille que les lions, panthères et lynx.
Perrine : Comment vit-il dans la forêt ?
Thierry : C’est un solitaire qui a besoin de grands territoires, souvent plusieurs milliers d’hectares. Il marque son territoire par des griffades et de l’urine, évitant tout contact avec l’homme. Il est farouche, très discret, et se nourrit de rongeurs – près de 7 000 par an ! Il joue un rôle important dans l’équilibre de la forêt.
Perrine : Peut-on espérer en voir un ?
Thierry : C’est plutôt un coup de chance ! On a plus de chances le soir, souvent près des chemins forestiers où il chasse les petits mammifères. Mais c’est un fantôme, très difficile à observer.
Perrine : Est-ce qu’il miaule comme nos chats domestiques ?
Thierry : Pas vraiment, il fait un « maou » plus rauque, surtout lors de la saison des amours, pour appeler la femelle.
Perrine : Comment se porte cette espèce dans le Nord ?
Thierry : Elle se maintient bien, grâce à la qualité de nos grandes forêts comme celle de Mormal. Elle a besoin de ces espaces vastes et de la mosaïque de milieux : forêts anciennes, clairières, prairies en lisière. Elle sait aussi se cacher dans des terriers, des vieux tas de bois ou même grimper aux arbres.
Perrine : Quels dangers menacent le chat sauvage ?
Thierry : Son principal ennemi, c’est l’homme, notamment à cause des collisions avec les voitures. Il déteste la neige car elle l’empêche de chasser, et certains chats meurent de faim lors d’hivers rigoureux.
Perrine : Merci Thierry pour cette découverte, malgré la pluie.
Thierry : Avec plaisir Perrine. Maintenant, vous saurez peut-être reconnaître ce petit félin discret, qui vit à l’écart de notre monde.
Chers auditeurs, partez vous aussi en balade dans les espaces naturels du Nord, ouvrez grands vos yeux et vos oreilles. Peut-être croiserez-vous ce mystérieux chat sauvage. Et avec ce que vous savez maintenant, vous ne le regarderez plus de la même manière.
La salamandre tachetée, mystérieux amphibien
Publié le 28 mai 2024
Rendez-vous dans un espace naturel du Nord à la rencontre de la salamandre où Thierry Tancrez, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné, nous dévoile les secrets de ce mystérieuse amphibien.
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Vous pensez les connaître… Et pourtant, ces animaux sauvages ont leurs petits secrets que nous vous invitons à découvrir avec Thierry Tancré, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné.
Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, nous sommes au cœur d’une forêt dont le nom restera secret, pour protéger l’espèce que nous allons vous présenter. Mystérieuse, discrète, fascinante : la salamandre tachetée vit dans le Nord, tapis sous les feuilles, au fond des bois.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Aujourd’hui, tu nous présentes un animal qui te fascine : la salamandre tachetée. Pourquoi cet engouement ?
Thierry : C’est un animal extraordinaire. Rien que ses couleurs, ce noir profond et ce jaune éclatant, presque or, la rendent unique. C’est un amphibien, et pourtant, elle ne nage presque jamais ! Cette salamandre a toujours été entourée de mystère, à cause de son comportement discret et de son apparence un peu inquiétante pour certains.
Perrine : Elle brille, n’est-ce pas ?
Thierry : Oui, elle a une fine couche protectrice sur la peau qui la fait briller. Cette peau sécrète aussi une odeur forte. Ses couleurs vives sont un avertissement pour les prédateurs : « Je suis toxique, ne me mange pas ! » Comme certains serpents ou grenouilles d’Amazonie, elle se protège ainsi naturellement.
Perrine : On la voit rarement en journée, pourquoi ?
Thierry : Elle est nocturne et très pudique. Elle se déplace lentement, donc elle évite de sortir le jour pour ne pas se faire repérer par ses prédateurs. Elle se cache sous les feuilles, les branches, invisible. La nuit venue, elle sort pour chasser et, au printemps, pour se reproduire.
Perrine : Avoir des salamandres dans une forêt, c’est un bon signe ?
Thierry : Absolument. Cela signifie que la forêt est saine, riche en insectes, vers de terre et autres petites bêtes dont elle se nourrit. C’est un indicateur précieux de la qualité de l’environnement.
Perrine : Peux-tu nous raconter quelques légendes liées à la salamandre ?
Thierry : Il y en a plein ! Par exemple, François 1er en faisait son symbole à Chambord, où l’on trouve plus de 300 représentations de la salamandre. Le dicton dit : « Je me nourris du feu et je l’éteins, je me nourris de sa force et j’éteins le mal. » On disait aussi que croiser son regard noir portait malheur ou rendait aveugle. Au Moyen Âge, on croyait même qu’une salamandre jetée dans le feu provoquait une explosion !
Perrine : La salamandre vit-elle toujours près de l’eau ?
Thierry : Oui, elle pond ses larves dans des eaux calmes et peu profondes. Les petites salamandres naissent déjà formées dans le ventre de la femelle, puis elles grandissent quelques mois dans l’eau avant de rejoindre la terre ferme. Elles ont un sens du retour remarquable et reviennent toujours à leur source d’origine.
Perrine : Comment vit-elle au quotidien ?
Thierry : Elle sort la nuit pour chasser, vorace, mangeant vers de terre, insectes, coléoptères et araignées. Au lever du jour, elle se cache rapidement sous une souche ou un tapis de feuilles, disparaissant en un instant.
Perrine : Quelle taille et durée de vie a une salamandre ?
Thierry : Elle mesure entre 10 et 20 cm et peut vivre jusqu’à 20 ans. Un animal robuste malgré sa lenteur apparente.
Perrine : Est-elle menacée dans le Nord ?
Thierry : Nos forêts anciennes abritent encore des populations isolées, très anciennes, qui ont traversé les siècles. Mais la salamandre est fragile et dépendante d’un habitat préservé : forêts peu perturbées, bois morts au sol, vieilles souches… La disparition de ces milieux est une menace.
Perrine : Une anecdote scientifique à nous partager ?
Thierry : La salamandre a un pouvoir magique : elle peut régénérer ses membres ! Si elle perd une patte, elle la fait repousser en quelques semaines. La nature est vraiment fascinante.
Perrine : Si un auditeur croise une salamandre, que doit-il faire ?
Thierry : L’observer, prendre une photo si possible, sans la déranger. Si elle se sent menacée, elle se dresse sur ses pattes avant, un spectacle impressionnant. Mais il faut toujours respecter cette espèce protégée, essentielle à notre biodiversité.
Perrine : Merci Thierry pour cette belle découverte.
Thierry : Avec plaisir Perrine.
Chers auditeurs, partez vous aussi en balade dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer et d’écouter la nature qui parle. Peut-être croiserez-vous la salamandre tachetée. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne la regarderez plus jamais de la même manière.
L'hirondelle, élégante voltigeuse
Publié le 17 mai 2024
Rendez-vous sur le site ornithologique des Cinq tailles de Thumeries à la rencontre de l'hirondelle où Thierry Tancrez, animateur nature au Département du Nord et ornithologue passionné, nous dévoile les secrets de cette élégante voltigeuse.
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Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord, qui vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des animaux sauvages.
Aujourd’hui, nous sommes sur le site ornithologique des Cinq Tailles, à Thumeries, the place to be pour les amoureux des oiseaux. On assiste au retour du peuple des hirondelles, qui annonce le printemps.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Alors, après un épisode sur la mésange bleue, aujourd’hui tu souhaites nous parler des hirondelles. Tu es spécialiste des oiseaux : est-ce que tu peux déjà simplement nous les présenter ? L’hirondelle, à quoi elle ressemble physiquement chez nous, dans le Nord ?
Thierry : Dans le Département du Nord, on a trois espèces. On a l’hirondelle rustique, l’hirondelle de fenêtre et l’hirondelle de rivage. Elles sont toutes les trois bien différentes.
L’hirondelle rustique, tu la reconnais facilement : elle est bleu marine, bleu foncé, avec une gorge rouge, de très grandes ailes, et surtout — ce que remarquent beaucoup de gens — des filets sur les rectrices. Les rectrices, ce sont les plumes de la queue : de longs filets très élégants.
L’hirondelle de fenêtre est aussi blanche et bleue, très contrastée, avec un gros carré blanc sur le dos, ce qui permet de la reconnaître facilement.
L’hirondelle de rivage, elle, est de couleur crème, couleur sable, toujours avec de très grandes ailes.
Perrine : Qu’est-ce que tu peux nous dire sur son caractère ?
Thierry : C’est un oiseau très attentionné, très gai. À l’arrivée de la migration, il faut imaginer qu’elles parcourent environ 6 000 kilomètres pour venir chez nous. Regarde, il y en a une qui nous survole à l’instant : observe son vol, très rapide. Elle peut atteindre des pointes de 60 à 70 km/h.
On vient d’assister à un passage migratoire. Elle est très élégante en vol, très efficace, avec des ailes démesurées.
Chez nous, les hirondelles qui nichent dans le Nord viennent du golfe de Guinée, d’Afrique : Cameroun, Ghana, parfois Sénégal.
Si je te résume leur voyage : elles quittent l’Afrique, traversent en partie le Sahara, arrivent en Algérie ou au Maroc, puis traversent la Méditerranée — environ 700 kilomètres de large — en une seule fois. Elles arrivent en Camargue, s’y nourrissent pendant plusieurs jours, puis repartent.
Ensuite, elles remontent soit par le couloir rhodanien, soit par le golfe de Gascogne et la Bretagne, pour atteindre le Département du Nord. Elles évitent le Massif central et les zones montagneuses, où il fait encore trop froid.
Les hirondelles arrivent chez nous vers la mi-avril.
Perrine : Et si, après leur arrivée, il fait très froid, comme ça peut arriver début mai dans le Nord, qu’est-ce qu’elles font ?
Thierry : Les hirondelles rustiques s’installent immédiatement dans les étables. Il y a les animaux, il y fait bon. Même en cas de chute brutale des températures, elles sont bien au chaud.
Elles sont même capables de chasser pendant plusieurs semaines à l’intérieur des étables, en capturant les insectes présents.
Perrine : Est-ce qu’un oiseau migrateur peut faire demi-tour ?
Thierry : Ça arrive rarement, mais ça arrive. Par exemple, s’il y a de fortes tempêtes — comme récemment avec de la grêle — elles peuvent refaire 500 kilomètres vers le sud pour éviter de se faire piéger.
Perrine : Les hirondelles ont une très bonne réputation. Les gens les aiment beaucoup. Pourquoi ?
Thierry : Parce qu’elles annoncent les beaux jours. C’est un oiseau gai, très élégant. Dès leur arrivée, les couples s’installent et commencent à chanter — elles chantent même en migration.
Elles nichent aussi très près de l’homme, et surtout, elles sont très utiles.
Perrine : En quoi sont-elles utiles ?
Thierry : Ce sont des insectivores strictes. Elles consomment énormément d’insectes, notamment des mouches, très présentes dans les étables. Les agriculteurs l’avaient bien compris : elles avaient un rôle très important.
Perrine : Comment vit l’hirondelle au quotidien, dans sa vie de famille ?
Thierry : Malheureusement, l’hirondelle ne vit pas très longtemps. En moyenne, environ cinq ans.
En revanche, ce sont des parents très attentionnés : le père et la mère nourrissent les jeunes de manière égale. Elles sont très fidèles, très investies.
Perrine : Peux-tu nous parler de la reproduction ? Quand fait-elle ses petits ?
Thierry : Dès leur arrivée, elles commencent à reconstruire le nid. Tu sais combien d’allers-retours il faut pour construire un nid ?
Entre 1 000 et 1 500 allers-retours. C’est énorme en énergie. Si elles retrouvent le nid de l’année précédente, elles le renforcent, l’améliorent, le consolident.
Elles pondent environ sept œufs, parfois un peu moins. L’incubation dure 13 à 14 jours. Après l’éclosion, les jeunes sont nourris pendant environ 17 jours, puis ils prennent leur envol.
Mais les parents continuent à les nourrir au moins quinze jours après l’envol, parfois même en plein vol.
Perrine : Comment font-elles ?
Thierry : Elles ont un vol très précis. Leurs grandes ailes et leurs rectrices très fines servent de gouvernail d’une précision incroyable. Elles ont un très petit bec. En vol, elles se rejoignent et échangent des insectes — souvent des moustiques — directement bec à bec.
Perrine : Comment se portent les hirondelles dans le Nord ?
Thierry : Le Département du Nord fait de gros efforts pour elles. Il consacre des moyens financiers, entretient les espaces naturels qui sont à la fois des zones de nourrissage et des haltes migratoires importantes, comme les Cinq Tailles, Chabaud-Latour ou le terril des Argales.
Mais malheureusement, 25 % des hirondelles ont disparu en vingt ans. C’est une chute catastrophique. Si cela continue, elles pourraient disparaître d’ici un siècle, à cause du dérèglement climatique, du manque de nourriture lié à la pollution, et surtout du manque de sites de nidification.
Les gens détruisent parfois les nids parce qu’il y a des fientes. Pourtant, des solutions simples existent.
Perrine : Justement, quels conseils donner aux Nordistes qui découvrent un nid d’hirondelles chez eux ?
Thierry : Installer des nichoirs artificiels, poser de simples clous ou supports sous les poutres, notamment dans les bâtiments agricoles.
Et surtout, conserver les nids existants. Il suffit de placer une petite planche sous le nid pour récupérer les fientes. Un coup de balai une fois par an, et le problème est réglé.
Perrine : As-tu des anecdotes sur les hirondelles ?
Thierry : Une question revient souvent : est-ce qu’une hirondelle est fidèle à son lieu de naissance ?
La réponse est nuancée. Le couple revient exactement au même endroit, mais pas les jeunes. Les jeunes vont rayonner sur plusieurs centaines de kilomètres.
Les parents, eux, peuvent hiverner séparément en Afrique, parfois à des milliers de kilomètres l’un de l’autre, et se retrouver huit mois plus tard exactement au même endroit.
Autre anecdote : autrefois, on pensait que les hirondelles disparaissaient dans les marais en hiver, qu’elles se transformaient en grenouilles. On n’imaginait pas qu’elles partaient en Afrique.
Enfin, leur départ en septembre a toujours suscité une certaine mélancolie : les hirondelles partent, l’automne arrive, les jours raccourcissent. C’est un oiseau très lié à la météo et à l’humeur des gens.
Perrine : Merci Thierry.
Thierry : Avec plaisir, Perrine.
Chers auditeurs, vous avez jusqu’au mois de septembre pour admirer nos belles hirondelles avant qu’elles repartent pour l’Afrique. D’ici là, partez en balade dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer et d’écouter la nature qui parle. Peut-être rencontrerez-vous des animaux sauvages au détour d’un chemin. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne les regarderez plus de la même manière.
La grenouille rousse, un batracien qui ne manque pas de panache
Publié le 12 avril 2024
Rendez-vous au bois du Court Digeau à Ostricourt à la rencontre de la grenouille rousse. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de ce batracien qui ne manque pas de panache.
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Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord qui vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des secrets des animaux sauvages.
Aujourd’hui, par une fraîche matinée de printemps, je rejoins Thierry dans le Bois du Court Digeau, à Ostricourt. C’est mon bois coup de cœur dans le Nord. La ville a poussé tout autour, mais malgré tout il garde des allures de bois enchanté, sorti tout droit d’un Disney. Avec ses arbres centenaires, ses chemins sinueux et ses tapis de jacinthes bleues, il offre au promeneur un moment hors du temps.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Alors, après un épisode sur l’écureuil roux, un autre sur la mésange bleue, tu nous fais découvrir cette fois-ci un batracien qui ne manque pas de panache et qui donne sacrément de la voix : la grenouille rousse. Pourquoi as-tu choisi de nous parler de cet animal ?
Thierry : C’est un animal très rigolo, très joli aussi, et que tout le monde connaît, parce que la grenouille rousse, on peut la retrouver un peu partout. On va bien s’amuser avec cette petite grenouille-là.
Perrine : Tu sembles complètement craquer pour cette grenouille rousse. Est-ce que tu peux nous la décrire, physiquement ?
Thierry : La première chose qu’on remarque, quand on voit une grenouille, c’est sa forme : ces grandes pattes arrière hyper musclées. Après, on remarque aussi son petit museau arrondi. Elle a de toutes petites dents, mais qui ne servent pas à mâcher : elles servent juste à attraper, pour que ça ne lâche pas.
Perrine : Elles ont une langue, ou pas ?
Thierry : Elles ont une langue, oui, une langue visqueuse, qui attrape les mouches…
Perrine : …qui attrape les mouches, les fourmis et plein d’insectes.
Thierry : Et puis toi, tu as des yeux qui sont en face. Sauf que la grenouille rousse, elle n’est pas comme toi : si tu étais une grenouille rousse, tu aurais les yeux en haut de la tête. Tout simplement parce que ça lui permet de nager et de garder les yeux à la surface, pour regarder comme un périscope.
Perrine : Comme un périscope, comme les crocodiles, comme les hippopotames.
Thierry : Voilà. Elle est conçue pour vivre dans l’eau.
Perrine : Et c’est elle qui fait tout ce raffut ? Personnellement, ça m’endort.
Thierry : Il faut savoir que les mâles ont des sacs vocaux internes. Quand ils commencent à chanter dans la mare, on entend un ronflement. Et en plus, elles ne sont pas toutes seules : parfois elles sont 50, 100, 200, 500… Tu entends un bruit sourd, qui dure des heures et des heures. C’est presque mélodieux, très doux en même temps.
Perrine : Pourquoi elle ronfle ?
Thierry : Elle ronfle parce qu’elles sont contentes : elles ont retrouvé la mare, elles sont ensemble, et elles sont ensemble pour perpétuer l’espèce. Parce qu’avant d’arriver là, il se passe énormément de choses.
Perrine : Explique-moi tout.
Thierry : Elles vont aller à la mare où elles sont nées. Les grenouilles rousses ont un odorat très particulier : elles reconnaissent l’odeur de l’eau, l’odeur de la mare. Elles retrouvent la mare grâce à son odeur, et elles savent que c’est là qu’elles sont nées. C’est là qu’elles vont pondre leurs œufs.
Perrine : Donc elles ont chacune leur mare, comme si c’était leur maison ?
Thierry : C’est ça. Et c’est pour ça que les amphibiens sont difficilement déplaçables : ce sont des espèces très sédentaires. Elles reviennent toujours au même endroit, coûte que coûte. Qu’il y ait une autoroute, une route, une départementale ou un chemin, elles traverseront pour retrouver leur mare.
Perrine : Comment se porte la grenouille rousse dans le Nord ?
Thierry : Elle est encore bien présente. On la retrouve dans les prairies, les boisements, les marais. C’est ce qui fait sa force. Mais ces zones humides ont tendance à disparaître, les milieux se morcellent, et la grenouille rousse disparaît avec eux. C’est une population fragile.
Perrine : L’hiver, qu’est-ce qu’elle fait ?
Thierry : Elle se cache et elle dort. Elle est capable de rester au fond de la mare pendant six mois. Elle respire avec ses poumons, mais aussi grâce à sa peau très vascularisée, qui absorbe l’oxygène de l’eau. Elle reste tranquillement dans la vase.
Perrine : Et le reste de l’année ?
Thierry : Les mâles repèrent les femelles et font l’amplexus : ils s’accrochent avec leurs avant-bras et ne lâchent plus. La femelle transporte le mâle jusqu’à la mare, puis elle pond.
Perrine : Combien d’œufs ?
Thierry : Entre 700 et 4 500 œufs en une seule fois. La ponte forme une grappe translucide à la surface de l’eau. C’est là qu’on entend les chants : on est au cœur de l’excitation collective.
Perrine : Et les têtards ?
Thierry : Ils apparaissent en une dizaine de jours. Ce sont des détritivores : ils mangent les végétaux en décomposition et nettoient la mare. Après trois à quatre mois, c’est la métamorphose : perte de la queue, apparition des pattes, et en quelques heures, des milliers de petites grenouilles quittent la mare.
Perrine : Pourquoi quitter la mare ?
Thierry : Pour se protéger. Dans l’eau, elles seraient mangées. Elles partent donc pour une vie majoritairement terrestre.
Perrine : Finalement, elles vivent peu dans l’eau.
Thierry : Environ 10 % de leur vie. Le reste du temps, elles vivent sur terre. Ce sont de grandes alliées des jardiniers : elles mangent limaces, insectes ravageurs et micro-vertébrés. Elles peuvent parcourir plusieurs kilomètres, vivre longtemps hors de l’eau et sauter jusqu’à vingt fois leur taille.
Perrine : Impressionnant !
Thierry : Et il faut rappeler que la grenouille rousse est une espèce protégée. On ne la touche pas, on ne la déplace pas : on l’observe.
Sur terre, elle adopte des couleurs brunes pour se camoufler. Dans l’eau, elle devient plus claire, presque argentée. Elle a une forme terrestre et une forme aquatique.
Perrine : Merci Thierry pour cette découverte. C’est un animal fascinant.
Thierry : Regarde bien ses yeux : l’iris est jaune, c’est magnifique. On va peut-être en croiser une sur le chemin.
Perrine : On va voir.
Chers auditeurs, partez dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer et d’écouter la nature qui parle. Peut-être rencontrerez-vous des animaux sauvages au détour d’un chemin. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne les regarderez plus de la même manière.
L'écureuil roux, acrobate de la forêt
Publié le 29 mars 2024
Rendez-vous au bois de la Tassonnière à Cysoing à la rencontre de l'écureuil roux. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de l'acrobate de la forêt.
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Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord qui vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des secrets des animaux sauvages.
Aujourd’hui, Thierry m’a donné rendez-vous au Bois de la Tassonnière, à Cysoing. Ce poumon vert situé au sud de la métropole lilloise est un magnifique boisement géré par le Département du Nord. Ici, les vieux chênes côtoient les hêtres et les charmes, et offrent un parfait terrain de jeu à un petit mammifère que l’on surnomme l’acrobate de la forêt.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Aujourd’hui, tu nous emmènes à la découverte de l’écureuil roux. Cet animal sauvage bénéficie d’un véritable capital sympathie. Pourquoi ?
Thierry : Il a toujours été aimé, notamment pour sa petite queue en panache. Elle est magnifique et lui donne un petit air mignon. Il a une toute petite tête et, quand on le regarde de face, on voit ses grandes oreilles avec ce qu’on appelle des pinceaux : des poils qui poussent au sommet des oreilles et qui lui donnent un aspect vraiment très joli.
En plus, il est rigolo : il s’approche parfois de l’homme, il grimpe dans les arbres facilement, la tête en bas, la tête en haut. C’est un petit acrobate, presque un clown. Tout ça fait qu’il est adoré par les gens.
Perrine : Dans l’imaginaire collectif et dans les dessins animés — L’Âge de glace, Alvin et les Chipmunks, ou encore Tic et Tac — les écureuils ont un sacré caractère : très vifs, très taquins. Est-ce que ces traits se vérifient ?
Thierry : Complètement. L’écureuil a un sacré caractère. On a l’impression qu’ils vivent ensemble, mais absolument pas. L’écureuil est un célibataire endurci. Il supporte très mal la présence d’autres écureuils et peut descendre de l’arbre en criant pour défendre son territoire.
Une seule période fait exception : la reproduction. Pendant environ trois semaines, Monsieur et Madame écureuil se tolèrent. Puis, une fois que Madame estime que tout s’est bien passé, elle rejette Monsieur, qui doit repartir dans l’arbre d’à côté.
Perrine : Nous sommes en forêt, on entend les oiseaux. Est-ce que l’écureuil s’exprime aussi ?
Thierry : Oui. L’écureuil a un territoire assez grand, en moyenne deux à trois hectares. Il le défend, notamment contre les autres mâles. Il peut aussi crier s’il a peur pour ses jeunes ou s’il se sent menacé.
Il n’est pas agressif envers l’homme : on n’a jamais vu un écureuil attaquer quelqu’un.
Perrine : Il lui faut donc un sacré territoire.
Thierry : Oui, d’autant plus qu’il doit manger. L’écureuil est majoritairement végétarien, mais on peut dire qu’il est omnivore. Il mange surtout des graines, mais en été il peut consommer des insectes, parfois des œufs d’oiseaux, voire exceptionnellement des oisillons. Son régime principal reste toutefois les graines, ce qui explique son besoin d’un grand territoire.
Perrine : L’expression « faire l’écureuil » se vérifie-t-elle ? Fait-il vraiment des réserves avant l’hiver ?
Thierry : Tout à fait. À l’approche de l’hiver, il récolte des glands, des noisettes, et les enterre un peu partout. Il en enterre des centaines… et n’en récupère qu’une partie. Grâce à lui, chaque année, des centaines d’arbres poussent. L’écureuil roux est donc essentiel à l’équilibre de la forêt.
Perrine : C’est incroyable. Et comment se porte l’espèce dans le Nord ?
Thierry : Elle est plutôt en expansion. On la retrouve aujourd’hui dans des endroits où elle n’était pas présente auparavant. Par exemple, sur le site départemental du Mont-Noir, il n’y avait pas d’écureuils il y a quinze ans, et maintenant ils sont bien présents.
On peut aussi les observer très facilement dans certains sites boisés : il m’est arrivé d’en voir six à quelques mètres, courant dans les arbres.
Perrine : Pourquoi en voit-on autant en ce moment ?
Thierry : Parce qu’ils sont en période de rut. Les écureuils cherchent leurs partenaires, courent partout, et on peut observer des poursuites assez spectaculaires.
Perrine : On les observe aussi de plus en plus en ville. Pourquoi ?
Thierry : Ils se sont très bien adaptés. En ville, dans les parcs et jardins, on trouve des arbustes qui produisent des graines, comme les noisetiers. Il y a aussi des arbres suffisamment hauts pour qu’ils puissent construire leurs nids. Tout cela leur est favorable.
En revanche, en ville, ils doivent se méfier de leur principal ennemi : le chat.
Perrine : Pour les auditeurs qui souhaiteraient observer les écureuils, as-tu des conseils ?
Thierry : L’écureuil est une espèce protégée : on ne l’apprivoise pas. En revanche, on peut l’observer facilement. Il s’habitue vite à l’homme. Installer un distributeur de noisettes avec un clapet permet de l’attirer sans danger, et de l’observer de près.
Perrine : Impossible d’éviter la question : à quoi sert la queue de l’écureuil ?
Thierry : Elle est essentielle. Elle mesure entre 21 et 23 cm et sert de balancier lorsqu’il grimpe ou saute entre les arbres. Elle lui permet de garder l’équilibre et lui sert aussi de couverture quand il dort.
Perrine : Justement, comment vit l’écureuil au quotidien ?
Thierry : C’est un petit casanier. Il se couche tôt et se lève au lever du jour. La nuit, il dort dans sa hutte, un nid en forme de boule fait de brindilles, d’écorce et de mousse, très douillet, situé en hauteur.
La meilleure période pour observer les écureuils est la fin de l’hiver et le début du printemps, lorsqu’ils sont très actifs.
Perrine : Et l’hiver, il hiberne ?
Thierry : Non. Il se repose, mais doit sortir régulièrement pour retrouver la nourriture qu’il a cachée à l’automne.
Perrine : Dans le Nord, on n’a que l’écureuil roux. Et l’écureuil gris ?
Thierry : L’écureuil gris vient d’Amérique du Nord. Il est très dominant et a fait disparaître l’écureuil roux en Angleterre. En France, nous sommes encore préservés, mais très vigilants.
Perrine : Le Département agit-il pour les écureuils ?
Thierry : Indirectement, oui. Les actions en faveur de la biodiversité — plantations de haies, maintien du bois mort — leur sont très favorables.
Perrine : Merci Thierry, encore une fois, c’était passionnant.
Thierry : Avec grand plaisir, Perrine.
En attendant le prochain épisode, partez à la découverte des espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer les animaux sauvages que vous croiserez peut-être sur vos chemins. Si vous croisez Monsieur Écureuil, vous ne le regarderez plus de la même manière.
La mésange bleue, infatigable petit oiseau
Publié le 18 mars 2024
Rendez-vous au mont Noir dans les Flandres à la rencontre de la mésange bleue. Thierry Tancrez nous dévoile les secrets de cet infatigable petit oiseau.
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Ch’tites Bêtes, le podcast du Département du Nord qui vous emmène au cœur de nos espaces naturels, à la rencontre des secrets des animaux sauvages.
Aujourd’hui, je rejoins Thierry dans les Flandres, à quelques kilomètres de la frontière belge, au sommet du Mont-Noir, pour découvrir la mésange bleue. À l’horizon, les grandes plaines du Nord. Le vent souffle doucement entre les feuilles des arbres, mais ne perturbe en rien la sérénité des lieux. Le chant des oiseaux se fait entendre : mélodieux, puissant, singulier. L’un d’eux se dégage.
Perrine : Bonjour Thierry.
Thierry : Bonjour Perrine.
Perrine : Dis-nous : à qui appartient ce chant ?
Thierry : Ce petit chant aigu, je pense que c’est la mésange bleue. Elle est en train de “tintiner”. On dit qu’elle zizibule. Elle a un cri très aigu, qu’on reconnaît facilement.
Perrine : Justement, pour ce premier épisode de notre série de podcasts sur les animaux sauvages, tu as souhaité nous parler de la mésange bleue. Pourquoi ce choix ?
Thierry : C’est un oiseau que tout le monde connaît. Elle est très présente dans le Nord et elle est très jolie. C’est un oiseau bleu, jaune canari, avec un magnifique collier bleu, des ailes bleues. Et puis elle est toute petite, souvent proche de nos maisons.
Dans le Nord, on en rencontre souvent parce que c’est un oiseau qui adore les arbres, notamment les arbres à feuilles caduques — comme les chênes, très présents chez nous. Donc on la rencontre facilement, près de chez nous.
Perrine : Pas si sauvage que ça, alors ?
Thierry : Non, pas du tout. Elle n’a pas peur de l’homme. Elle est très anthropique : elle se rapproche de l’homme. Par contre, elle est très prudente. On dit souvent que la mésange a deux symboles : la liberté et la prudence.
La liberté, parce que c’est un oiseau qui ne supporte pas d’être en captivité : il ne faut jamais l’enfermer. D’ailleurs, c’est une espèce protégée.
Et la prudence, parce qu’elle alerte tout le monde dans la forêt : si Monsieur épervier ou Madame chouette arrive, elle pousse un cri très strident. Tout le monde est au courant. C’est une sacrée mésange, et elle est très importante pour les autres oiseaux de la forêt.
Perrine : Comment se porte cette espèce dans le Nord ?
Thierry : Elle se porte très bien. La mésange bleue a une population très importante, même à l’échelle de la France : c’est l’un des oiseaux les plus présents.
Mais elle est aussi très sensible à différentes choses. Son espérance de vie est très courte : deux ou trois ans. Et si on a un hiver très rigoureux, elle peut quasiment disparaître en un seul hiver, parce qu’elle ne va pas trouver à manger. Sa population fluctue donc énormément. Elle est bien présente, mais elle reste fragile.
Perrine : Les auditeurs doivent se poser la question : est-ce qu’on peut donner un coup de pouce à ces animaux sauvages ? Est-ce qu’on peut les nourrir ?
Thierry : Oui, mais ça dépend de la saison. En hiver, il y a des moments où elle a quasiment plus rien. Mais c’est un oiseau très filou et très intelligent : même en hiver, elle est capable de trouver de la nourriture. Avec son petit bec pointu et costaud, elle peut écarter des tiges et trouver à l’intérieur des œufs et des petites chrysalides endormies.
Mais c’est vrai que, pour lui faciliter la tâche, elle a besoin d’une nourriture diversifiée. Et l’hiver, il y a moins d’insectes. C’est un tout petit oiseau : tu sais combien elle pèse ?
Perrine : Non.
Thierry : Onze grammes. Et elle peut manger l’équivalent de son poids en nourriture. Donc si tu lui donnes à manger, par exemple des graines de tournesol, elle viendra à la mangeoire les prendre, tout en continuant à chercher aussi des petits insectes : elle varie son régime.
Mais quand on commence à nourrir, il ne faut pas s’arrêter : elle prend des habitudes. Si tu mets ta mangeoire au mois de novembre, il ne faut pas arrêter au mois de janvier. Sinon, elle va passer des heures à chercher un autre poste de nourrissage.
Perrine : Elle est hyperactive !
Thierry : Oui. C’est un petit bout de chou qui n’arrête pas. Elle est tout le temps en activité, même l’hiver. C’est aussi pour ça que les gens l’aiment : même en hiver, s’il y a un oiseau qui bouge, c’est la mésange bleue.
Tu sais combien elle peut manger de chenilles par jour quand elle nourrit ses jeunes ? C’est environ 6 000 chenilles. C’est énorme par rapport à son poids.
C’est ce qu’on appelle un oiseau auxiliaire des jardins : très utile aussi bien pour les arboriculteurs que pour les agriculteurs. On pose souvent des nichoirs à mésanges dans les vergers : elle peut éliminer beaucoup de parasites qui empêcheraient la fructification, notamment des pommiers.
Perrine : On entend souvent dire que les mésanges se déplacent par deux. C’est un mythe ou une réalité ?
Thierry : Ce n’est pas tout à fait un mythe, mais ce n’est pas tout à fait une réalité non plus. En hiver, on observe des “rondes de mésanges” : elles sont souvent ensemble, et tu sais pourquoi ? Parce que ça leur apporte de la sécurité. Elles cherchent la nourriture ensemble, et peuvent avertir rapidement en cas de danger, comme un épervier.
Si on parle de couple, en revanche, les mésanges ne sont pas toujours fidèles : on a déjà observé Monsieur mésange avoir deux partenaires et s’occuper des deux nichées.
Perrine : Est-ce que tu aurais des petits secrets à nous dévoiler sur la mésange bleue ?
Thierry : Oh, il y en a plein. Déjà, tu sais comment elle fait son nid ?
Perrine : Pas du tout.
Thierry : C’est magnifique. Elle commence par amener des mousses très fines, puis avec son petit derrière, elle façonne la forme du nid : elle tourne à l’intérieur pour faire comme un moule.
Ensuite elle ramène du crin de cheval. Et si tu as un chat chez toi, elle peut même picorer et récupérer des poils.
Et puis, ce qu’on a remarqué il n’y a pas si longtemps : elle ramène des plantes qui ont des propriétés antiseptiques. Tu vas me dire pourquoi ? Parce que ça empêche l’arrivée des parasites. Dans le Sud, on a observé de l’eucalyptus, du camphre. Chez nous, elle peut ramener des feuilles de menthe qu’elle tapisse au fond du nid. Ça limite les insectes et les parasites qui pourraient embêter les oisillons.
Perrine : Donc c’est une petite pharmacienne.
Thierry : Exactement.
Perrine : D’autres anecdotes croustillantes ?
Thierry : Oui ! Il y a quelque temps, on s’est aperçu qu’un livreur déposait des bouteilles de lait devant une porte… et juste après, Madame mésange arrivait. Elle a un tout petit bec, mais très puissant. Elle a tapé sur le dessus de la bouteille, a réussi à l’ouvrir, et elle est allée boire un peu de lait. Parce que la mésange s’intéresse à tout.
Tu sais combien elle a de jeunes ?
Perrine : Dis-moi.
Thierry : Entre 8 et 16 jeunes dans le nid. Tu te rends compte ? Quand elle commence à nourrir, ce sont des allers-retours incessants : parfois un nourrissage toutes les trente secondes.
Perrine : Et le mâle donne un coup de main ?
Thierry : Oui, ils nourrissent à deux, parce que c’est infernal. Il lui faut environ quatorze jours pour couver les œufs, puis à peu près trois semaines de nourrissage avant que les jeunes quittent le nid.
Perrine : Pour les auditeurs qui souhaitent donner un coup de main aux mésanges, que peuvent-ils faire ?
Thierry : Installer un nichoir. C’est très utile, et en plus c’est génial parce qu’elle l’occupe rapidement. Il y a quelques règles : le mettre à une certaine hauteur, pour éviter la prédation par les chats, et orienter l’ouverture à l’opposé des vents dominants, plutôt nord-nord-est. La mésange viendra, on pourra l’observer, et c’est un spectacle extraordinaire.
Perrine : Et pour observer cet animal, y a-t-il des moments de la journée à privilégier ?
Thierry : Le matin, elle est très active, on l’observe facilement. À l’heure du midi, ça se calme : elles se reposent. Et en fin de journée, il y a souvent une reprise d’activité pour chercher de la nourriture. Ce qui conditionne sa vie, c’est la recherche de nourriture. Donc matin et soir, c’est idéal.
Perrine : Moi, j’adore chercher des plumes dans la nature avec mes enfants, mais je n’ai jamais trouvé de plume de mésange. Comment ça se fait ? Et est-ce que c’est un porte-bonheur si on en trouve une ?
Thierry : C’est vrai que les plumes de mésange sont très rares à trouver : elles sont toutes petites, elles se dispersent très vite, elles se cachent sous les feuilles. Donc tu as peu de chances d’en trouver.
Et si tu en trouves un jour, malheureusement, c’est souvent parce qu’elle s’est fait attraper par un épervier : l’épervier a fait une “plumée” de mésange.
Perrine : Donc vaut mieux ne pas en trouver.
Thierry : Voilà. Ça veut dire que c’est bon signe pour elle.
Perrine : Merci beaucoup Thierry.
Thierry : De rien, Perrine, avec plaisir. Nous allons nous retrouver dans un prochain épisode pour la présentation d’un nouvel animal sauvage… Ah, je vois déjà lequel : il est passionnant, celui-là !
D’ici là, chers auditeurs, partez dans les espaces naturels du Nord. Prenez le temps d’observer, d’écouter la nature. Peut-être rencontrerez-vous des animaux sauvages au détour d’un chemin. Avec ce que vous savez maintenant, vous ne les regarderez plus de la même manière.
Crédits photo : Thierry Tancrez